C’est une première pour un parlement cantonal suisse : la composition du Grand Conseil neuchâtelois est majoritairement féminine depuis les élections du 18 avril 2021. Alors qu’elles ne représentaient que 33% des membres du Grand Conseil depuis 2017, les femmes seront 58 (sur 100) à siéger lors de la prochaine législature. Cette nouvelle composition aura-t-elle un effet sur les questions d’égalité de genre ? C’est la question à laquelle smartvote s’intéresse à travers l’analyse des réponses des élu·e·s à son questionnaire.

Ces analyses sont faites sur la base des réponses des 95 élu·e·s (sur 100) ayant rempli le questionnaire smartvote durant la campagne. Pour chaque question, les réponses non, plutôt non, plutôt oui, ou oui étaient disponibles. Elles sont regroupées ici en deux groupes : non comprend plutôt non et oui comprend plutôt oui.

Plus de femmes à gauche

Première variable à prendre en compte : la composition des groupes parlementaires ne sont pas les mêmes à gauche et à droite. Si on trouve environ 40% de femmes dans les groupes PLR et UDC, elles représentent 63% du groupe du POP, 71% du groupe PS, 75% du groupe PVL et jusqu’à 79% du groupe des vert·e·s. Le centre ne compte lui que 25% de femmes avec une seule élue sur quatre. Cette disparité devrait donc faire pencher les réponses des femmes vers la gauche. Mais qu’est-ce que cela veut dire pour les questions en lien avec l’égalité de genre ?

Quasi unanimité sur le consentement et la lutte contre le harcèlement

Largement thématisées durant les derniers mois, l’introduction de la notion de consentement dans la définition juridique du viol et la prise de mesure pour lutter contre le harcèlement sexuel font quasiment l’unanimité chez les femmes comme chez les hommes. 88% de oui sur les deux questions pour les hommes et jusqu’à 87% et 91% de oui pour les femmes. Les femmes UDC sont plus ambivalentes avec une unanimité en faveur de la notion de consentement mais seule une voix positive (contre 2) sur la question des mesures contre le harcèlement. Une seconde exception dans le groupe PLR : la question du consentement récolte à peine 57% des voix des femmes contre 89% de celles des hommes.

La redéfinition du viol et la prise en compte ou non du consentement est actuellement entre les mains de la commission des affaires juridiques à Berne. Reste donc à voir si l’accord sur le principe des mesures contre le harcèlement dans le Canton se traduira par des décisions au parlement neuchâtelois.

Âge de la retraite et parité des listes électorales : objets de désaccord

La question d’une hausse de la retraite pour tout le monde (par ex. à 67 ans) divise particulièrement les hommes du nouveaux parlement neuchâtelois avec une légère tendance vers le non (59%). Les femmes, elles, s’y opposent plus largement avec près du trois-quatre d’entre elles ayant répondu négativement (74%). Un effet probable des nombreuses femmes des groupes PS, Vert·e·s et POP qui s’opposent massivement à l’idée. A noter également que les femmes PLR répondent deux fois plus non que les hommes.

L’initiative du parti socialiste neuchâtelois proposant d’instaurer progressivement la parité sur les listes électorales semble ne rencontrer qu’un timide succès auprès des élu·e·s. Elle ne réussit de justesse pas à convaincre les hommes avec seulement 49% de oui et ne reçoit qu’un timide oui de la part des femmes (57%). Sans surprise, les membres du PS soutiennent unanimement l’initiative de leur parti. Presque unanimité chez les Vert·e·s également. Dans les autres groupes, la proposition rencontre même un soutien légèrement supérieur de la part des hommes. Apparemment, la question de la parité sur les listes divise avant tout selon le parti. Est-ce l’imposition qui pose problème ? Ce qui est certain, c’est que malgré une proportion de candidates inférieur à celle des hommes (40%), les neuchâteloises ont tout de même remporté plus de la moitié des sièges.

Garde des enfants et égalité salariale : presque d’accord

Sur les questions de garde d’enfants et d’égalité salariale, la majorité des hommes comme des femmes semble s’accorder : il faudrait plus de structures d’accueil, un parent à plein temps à la maison ne serait pas forcément nécessaire et un contrôle plus strict des salaires devrait être appliqué. Mais les réponses des femmes sont tout de même plus homogènes que les hommes avec 13% de plus de oui pour l’extension de l’accueil extra-familial, 15% de plus d’opposition sur la nécessité d’un parent à la maison à plein temps et 10% de plus de oui pour le contrôle des salaires. Cet effet se constate même particulièrement à droite, dans les groupes PLR et UDC.  

Sur la question d’un parent à plein temps à la maison pour les enfants, les hommes sont tout de même 27% à s’accorder sur sa nécessité, presque deux fois plus que les femmes (15%). Or on sait également que seul 4% des hommes sont pères au foyer en Suisse contre environ 20% des femmes. Être plus directement concernées par ces problématiques amène peut-être les femmes, de gauche comme de droite, à être plus unanimes dans leurs réponses.

Une tendance légère mais systématique se dessine : les femmes se positionnent généralement plus favorablement pour des mesures en lien avec l’égalité de genre. Et si les femmes de gauche sont plus nombreuses et pèsent donc plus dans la balance, les femmes de droite ne répondent tout de même pas toujours de la même façon que leurs collègues masculins. À voir maintenant si le premier parlement cantonal de suisse à majorité féminine prendra effectivement des décisions dans ce sens.

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